Londres – Le Royaume-Uni vit un enchaînement de chocs financiers, fiscaux et politiques qui nourrit désormais le spectre d’une faillite généralisée. Alors que l’État croule sous les déficits, les entreprises subissent une pression fiscale asphyxiante et les ménages voient leurs revenus laminés, un nouveau coup dur vient d’être porté : les coûts d’emprunt à long terme de la Grande-Bretagne ont atteint leur niveau le plus élevé depuis… 1998.
Un État étranglé par sa dette
Ce mois ci, le rendement des obligations d’État à 30 ans (Gilts : wiki) a touché 5,64 %, un sommet en plus de 25 ans. La comparaison est brutale : depuis début août, les taux britanniques ont bondi de 0,21 point de base, soit le double de la hausse enregistrée en Allemagne et près de sept fois celle observée sur les bonds américains.
Cette divergence traduit une réalité : les marchés sanctionnent désormais spécifiquement le Royaume-Uni, jugé fragile, mal géré et trop endetté.
Conséquence immédiate est la charge d’intérêts sur la dette qui explose. Selon Capital Economics, la marge de manœuvre budgétaire de la chancelière de l’Échiquier Rachel Reeves est passée de 9,9 milliards £ au printemps à 5,3 milliards £ seulement. Pire, avec un possible ralentissement de la croissance anticipé par l’OBR, le trou de financement pourrait dépasser 50 milliards £.
Des marchés mondiaux déstabilisés… mais Londres en première ligne
Les marchés obligataires mondiaux sont secoués par les interventions brutales de Donald Trump contre la Réserve fédérale américaine, où il tente de limoger la gouverneure Lisa Cook, mettant en cause l’indépendance même de la banque centrale. Mais si les États-Unis et l’Allemagne résistent relativement, la Grande-Bretagne encaisse de plein fouet le choc.
« Les investisseurs ne croient plus à la solidité de l’économie britannique », résume Russ Mould, directeur chez AJ Bell.
Les entreprises en étau fiscal
Dans ce contexte déjà explosif, le gouvernement prépare une avalanche de hausses d’impôts portées par Torsten Bell, conseiller de Rachel Reeves. Suppression des allègements pour entrepreneurs, hausse du taux sur les dividendes à 20 % (depuis 7.5%) taxation des transmissions d’entreprises agricoles, abaissement du seuil de TVA à 30’000 £ (depuis 85’000) : tout concourt à détruire les PME.
Beaucoup d’entre elles, déjà laminées par le Brexit, la pandémie et la flambée énergétique, redoutent un effondrement en chaîne. « On s’achemine vers une destruction du tissu entrepreneurial britannique », alerte un chef de fédération professionnelle.
Les ménages piégés dans la spirale
Pour les particuliers, l’addition est tout aussi lourde. Parmi les mesures sur la table :
- taxation des résidences principales à 28 %,
- suppression des abattements successoraux,
- plafonnement des ISAs (comptes épargne) à 100’000 £,
- réduction du plafond de retraites défiscalisées de 270’000 £ à 40’000 £,
- hausse de l’impôt sur le revenu et des cotisations sociales,
- taxes supplémentaires sur les véhicules, l’immobilier secondaire et même l’électricité « verte ».
Avec une inflation persistante et une livre faible, le sentiment domine que l’État se tourne vers la classe moyenne pour combler son trou noir financier.
Une triple faillite en marche
Le Royaume-Uni est désormais pris dans un engrenage :
- Faillite de l’État, étranglé par une dette dont le service devient incontrôlable.
- Faillite des entreprises, condamnées à absorber une fiscalité destructrice.
- Faillite des ménages, laminés par les impôts, l’inflation et la perte de confiance.
Les comparaisons avec la crise grecque de 2010 ou les interventions du FMI en Europe du Sud se multiplient. D’autant qu’un avertissement plane : selon certains analystes, la France pourrait être la prochaine sur la liste des pays candidats à un renflouement international.