Près d’un siècle après les années 1930, l’Europe donne à nouveau l’impression de sombrer dans une zone grise inquiétante où l’antisémitisme se banalise. Les incidents se multiplient, les mots se font plus durs, les agressions plus visibles. Ce qui semblait appartenir au passé se réinstalle dans l’actualité : insultes, discriminations, violences. Deux épisodes récents — aux Pays-Bas et en France — témoignent d’une dérive qu’aucun pays ne peut plus ignorer.
Ces affaires rappellent que la haine, lorsqu’elle s’exprime sans entrave, finit toujours par passer du virtuel au réel. Dans les années 1930, les Juifs furent d’abord caricaturés, stigmatisés et exclus avant d’être persécutés. Aujourd’hui, à l’heure des réseaux sociaux, les mécanismes sont les mêmes, simplement amplifiés par la vitesse du numérique.
Aux Pays-Bas : deux Israéliens agressés dans un parc de loisirs
Le 21 août 2025, deux ressortissants israéliens ont été violemment pris à partie dans le parc aquatique Center Parcs De Kempervennen, près d’Eindhoven. Les assaillants, décrits comme des habitants locaux, ont blessé les deux hommes au point de nécessiter une hospitalisation immédiate. Le ministère israélien des Affaires étrangères a réagi sur X (anciennement Twitter), appelant le gouvernement néerlandais à agir fermement pour identifier et sanctionner les auteurs.
Quelques jours plus tôt, selon le média juif néerlandais Jonet et la chaîne régionale Omroep Flevoland, les victimes avaient été filmées clandestinement par des activistes pro-palestiniens. Les images avaient ensuite circulé sur la page de la branche d’Amsterdam de Students for Justice in Palestine. Cet enchaînement — exposition publique puis agression physique — illustre la manière dont la haine en ligne se transforme en violence tangible. Le CIDI, principal organisme de surveillance de l’antisémitisme aux Pays-Bas, a porté plainte, dénonçant une escalade extrêmement préoccupante.
En France : 150 enfants israéliens refoulés
À quelques centaines de kilomètres de là, la France a été secouée par une affaire d’une gravité particulière. Le 22 août 2025, un groupe de 150 enfants israéliens âgés de 8 à 16 ans, qui avait pourtant réservé un séjour dans un village de vacances de Porté-Puymorens (Pyrénées-Orientales), s’est vu refuser l’entrée. Le gérant du site, invoquant ses « principes personnels », a fermé les portes devant les jeunes et leurs accompagnateurs. Face au scandale, il a été interpellé et placé en garde à vue pour discrimination religieuse.
L’incident a provoqué l’indignation. Les enfants, déjà installés dans des bus pour rejoindre le lieu, ont dû être redirigés vers un autre centre d’accueil sous escorte policière. Pour beaucoup d’observateurs, cette affaire dépasse le simple cas de discrimination : elle révèle une fracture sociale où l’antisémitisme s’exprime sans retenue. Que l’on en arrive, en 2025, à refuser l’entrée d’un centre de vacances à des enfants simplement parce qu’ils sont israéliens, témoigne d’un climat inquiétant qui pèse sur l’Europe tout entière.