La mort de Jean Pormanove – de son vrai nom Raphaël Graven – a provoqué un électrochoc. Cet homme de 46 ans, handicapé mental et physique, est décédé en direct le 18 août 2025 lors d’un live sur la plateforme Kick, après des années de maltraitances filmées et monétisées. Plus qu’un drame, son histoire révèle le vide moral et réglementaire d’un univers numérique où la souffrance devient un produit d’appel.
Un handicapé transformé en divertissement morbide
Reconnu par la MDPH pour un trouble du développement intellectuel, vivant dans une grande précarité sociale, Jean Pormanove représentait une proie idéale. Il a rapidement été intégré aux contenus du groupe de streamers « Lokal », dirigé par les influents Owen et Safine (@NarutoVie).
Avec plus d’un demi-million d’abonnés et des revenus estimés à 100 000 € par mois, ils ont bâti une audience sur des scènes d’humiliation et de torture infligées à leur « mascotte » vulnérable. Strangulations, coups, combats forcés, lectures en direct de ses messages de détresse adressés à sa mère : des heures de vidéos d’abus circulaient en ligne, accessibles à tous.
Une escalade vers la mort sous les yeux de milliers de spectateurs
Les signalements existaient. Dès 2023, des compilations de clips d’abus circulaient sur X. En décembre 2024, un article de Mediapart dénonçait ces dérives. Pourtant, la plateforme, l’ARCOM et la justice sont restés immobiles.
À l’été 2025, l’horreur atteint son paroxysme : un “marathon de 10 jours de torture en direct”. Privé de sommeil, forcé à ingérer des substances, humilié et battu, Jean s’effondre le 18 août. Les streamers coupent le live avant d’appeler les secours. Il meurt d’un arrêt cardio-respiratoire.
Après la mort, l’indécence
Le lendemain, Kick bannit enfin la chaîne, mais trop tard. Pire : une cagnotte de soutien aux bourreaux récolte plus de 540’000 € en 24 heures. Des rumeurs évoquent une autre victime, surnommée « Coudoux », encore sous emprise de l’équipe. La famille Pormanove, dissuadée d’agir par la machine juridique adverse, se retrouve seule face à un système cynique.
Cette affaire illustre le laxisme volontaire de plateformes qui misent sur le contenu « extrême » pour attirer une audience bannie ailleurs. La modération, inexistante, a laissé prospérer un spectacle de barbarie jusqu’à la mort.
L’ARCOM et les autorités françaises sont pointées du doigt pour leur inertie malgré des alertes répétées. Quant à X, sa politique de « liberté d’expression » a permis la diffusion massive des preuves – révélant l’horreur tout en contribuant à la normaliser.
Quand la souffrance devient spectacle
L’affaire Pormanove reflète notre époque : celle où la souffrance des plus fragiles devient un produit, où l’audience se chiffre en millions et où les responsables engrangent des fortunes. Les charges encourues – harcèlement, provocation au suicide, violences ayant entraîné la mort – vont désormais déterminer si la justice peut répondre à l’ampleur du scandale.
Jean Pormanove était une victime sacrifiée sur l’autel du clic. Son nom restera comme un avertissement : sans régulation sérieuse, la prochaine tragédie reste une question de temps.