Depuis deux décennies, l’accès à la propriété en France est devenu un parcours semé d’embûches pour les jeunes générations. Les prix de l’immobilier se sont envolés, tandis que les revenus des ménages n’ont pas suivi la même trajectoire. Résultat : pour de nombreux primo-accédants, l’achat d’un logement n’est plus possible sans le soutien financier de la famille.
Des prix déconnectés des revenus
Selon les travaux de l’économiste Jacques Friggit, le prix des logements est passé de deux fois et demie à plus de quatre fois le revenu annuel moyen par ménage. En vingt ans, la valeur des biens immobiliers a progressé de près de 115 % alors que les revenus fiscaux moyens n’ont augmenté que de 30 %.
Même si les prix se sont légèrement repliés depuis 2022 – environ -7 % à Paris, avec une stabilisation ailleurs – la déconnexion entre le coût du logement et le pouvoir d’achat reste flagrante.
Un patrimoine concentré
Cette flambée immobilière s’inscrit dans un contexte d’inégalités patrimoniales croissantes. D’après l’Insee, la moitié des ménages détient à elle seule 92 % du patrimoine brut du pays. À l’inverse, quatre ménages sur dix ne possèdent quasiment rien. Autrement dit, l’accès à la propriété dépend de plus en plus de la fortune familiale.
La situation est telle que la réussite professionnelle, même accompagnée d’un revenu supérieur à celui de ses parents, ne suffit plus pour rattraper l’écart creusé par les transmissions de patrimoine.
Héritages et inégalités sociales
Les jeunes Français qui peuvent compter sur un apport parental ont une chance réelle de devenir propriétaires. Ceux qui en sont privés restent enfermés dans la location, parfois à vie, malgré leurs efforts et leur stabilité professionnelle. Ce mécanisme nourrit une fracture sociale : la mobilité dépend moins du travail ou des diplômes que du capital hérité.
Les économistes parlent désormais d’une « bombe à retardement de l’héritage ». Dans les décennies à venir, des milliers de milliards d’euros devraient être transmis, accentuant encore le clivage entre ceux qui recevront un bien ou un capital, et ceux qui resteront exclus.
Un enjeu politique explosif
Face à ce constat, les politiques publiques peinent à agir. Les dispositifs d’aide comme le prêt à taux zéro ou les avantages fiscaux ont pu soulager certaines situations, mais ils n’ont pas inversé la tendance. Dans le même temps, la préservation des prix de l’immobilier reste une priorité implicite des gouvernements successifs, soucieux de ne pas froisser un électorat propriétaire.
La France se trouve ainsi à la croisée des chemins : accepter que l’accès au logement repose de plus en plus sur la fortune familiale, ou engager une réflexion de fond sur la fiscalité. Sans quoi, le rêve d’acheter un jour son logement pourrait bien devenir un privilège réservé à ceux qui héritent.