Un accident industriel d’une rare violence vient d’être révélé par la presse chinoise, plusieurs mois après les faits. En mai dernier, un ouvrier d’une usine a été victime d’un robot industriel défectueux qui a failli le décapiter. Projeté et écrasé par un bras automatisé, l’homme a subi ce que les médecins décrivent comme une « décapitation interne » : ses vertèbres cervicales complètement sectionnées, ses artères vitales gravement endommagées, sa tête tenant uniquement par les tissus mous.
Une survie jugée impossible
Transporté en urgence à l’hôpital Changzheng de Shanghai, le patient est arrivé en état critique : paralysé, en arrêt cardiaque, et avec une circulation cérébrale quasiment interrompue. Les imageries médicales ont révélé l’ampleur de l’horreur : une artère totalement rompue et bouchée par des fragments osseux, l’autre sur le point de céder.
« Nous avons vu un cas unique dans toute la littérature médicale », a expliqué le professeur Chen Huajiang, chef du service de chirurgie cervicale, cité par le South China Morning Post.

Malgré des risques de saignement catastrophique – jusqu’à deux litres de sang en quelques secondes – et la menace d’infection cérébrale due aux lésions cutanées, une équipe pluridisciplinaire a tenté l’impossible. Le 18 juin, une opération marathon de trois heures a permis de réaligner les os disloqués, retirer le caillot mortel et stabiliser la colonne avec deux plaques de soutien. Une première mondiale dans un cas aussi extrême.
Quand la robotisation tue
Cet accident spectaculaire illustre une tendance inquiétante. En Chine, la montée en puissance des robots industriels a entraîné une multiplication des incidents graves. Dans un contexte où la productivité et la compétitivité priment, les normes de sécurité sont souvent reléguées au second plan. Le drame de Shanghai illustre le prix humain de l’automatisation : des ouvriers exposés à des machines de plus en plus puissantes, avec des garanties insuffisantes, pendant que les autorités préfèrent minimiser la communication sur les accidents pour préserver la « modernisation » industrielle.
La même logique à l’armée
Au-delà des usines, Pékin applique la même stratégie dans le domaine militaire. La révélation de l’accident survient alors que l’armée chinoise multiplie les démonstrations de force avec des robots de combat autonomes. Le 76e Groupe d’Armée a récemment présenté ses « loups robotiques », conçus pour le renseignement, le déminage et l’appui-feu. Ces exercices témoignent d’une course effrénée vers la guerre autonome, où les systèmes automatisés remplacent l’homme dans les tâches les plus risquées.
Entre les ouvriers mutilés dans les usines et les machines de guerre autonomes sur les champs de bataille, la trajectoire chinoise en matière de robotisation interroge : quelle valeur accorde-t-on encore à la vie humaine face aux promesses de productivité et de puissance militaire ? Le miracle chirurgical qui a sauvé cet ouvrier révèle une réalité : tant dans les ateliers que sur le front, la machine avance, l’homme recule.